Pierre Sèche

Vous êtes ici : :Home/Pierre Sèche
Pierre Sèche 2017-03-22T11:11:48+00:00

Définition

Une construction à pierre sèche est une construction bâtie sans liant de quelque nature que ce soit.

Mode-Phénomène: Si le mode de construction à pierre sèche est très vieux, la construction des cabanes agricoles en pierres sèches est un phénomène s’inscrivant dans un champ historique connu (post-médiéval avec l’extension des terres cultivées autour des villages et de l’individualisme agraire durant le dix-neuvième siècle).

Pour construire à pierre sèche, il faut de la pierre provenant des strates superficielles du socle rocheux et, pour obtenir cette pierre, il faut avoir des piochons en fer et des barres à mine (à l’exemple des vignerons du XIXème siècle, grands épierreurs et constructeurs de guérites et de cabanes en pierre sèche). Les outils en fer ne se sont répandus que très tardivement. Au Moyen-age, les instruments aratoires, les outils agricoles étaient en bois durcis au feu, avec des renforts de métal.

Les constructions en pierre sèche sont issues de la mise en culture de terrains où la roche est affleurante et délitée (fracturée en strates).

L’épierrage de ces terres était une pratique nécessaire consistant à débarrasser les parcelles des pierres, cailloux ou blocs gênant la culture.

Cette opération, effectuée chaque année après le labour, impliquait l’accumulation des pierres sous la forme de divers témoins : tas, murs, guérites et cabanes.

Le tas d’épierrement consiste à regrouper au même endroit le matériau d’épierrage d’une ou plusieurs parcelles.

Par économie de surface, les tas d’épierrement étaient souvent bâtis en parements ou pareils à des murs successifs accolés.

Les murs délimitaient chaque lopin de terre ainsi que le réseau des chemins (chemins creux marquant alors l’ancien parcellaire).

La guérite est l’abri le plus simple ; elle est souvent incluse dans les murs ou dans les tas.

« La cabane est une construction indépendante permettant l’abri temporaire des vignerons : journaliers ou propriétaires. Les cabanes en pierres sèches – abris individuels temporaires – ne peuvent-être comparées qu’à d’autres abris temporaires dans l’espace et dans le temps.

La proximité de sites préhistoriques d’une zone à cabanes de pierres sèches n’est pas un critère d’ancienneté (et à fortiori d’antiquité). »

PLUS JAMAIS ÇA

« Ces huttes, gariottes, mazels, cahuttes qui portent encore d’autres noms suivant les lieux où elles ont été édifiées (France, Italie, Sardaigne, Turquie) sont des constructions en pierres sèches… Leurs édifications remonteraient à 2000 à 3000 ans avant J.C. Elles sont, sans doute, après les grottes et abris sous roches, les premières habitations humaines… Suivant leurs divers aménagements, elles ont servi de bergeries, d’étables, de refuges aux chasseurs, de greniers, de temples, d’habitations et même de sépultures quand elles voisinent avec des mégalithes. »
 

« Pour affirmer que les cabanes en pierres sèches d’aujourd’hui ont eu des ancêtres il y a 4000 ans. Il faudrait prouver une filiation ininterrompue sur 4 millénaires (pas moins) avec des jalons dûment identifiés et attestés (grâce à des fouilles probantes et à des recherches d’archives). »

Il serait souhaitable qu’une bonne fois pour toute nous puissions nous souvenir « qu’une maçonnerie en pierre sèche – donc sans liant – n’a pas une cohésion et une solidité qui lui permette de traverser 2000 ans d’histoire. Ce n’est pas une maçonnerie au mortier romain. L’expérience des chercheurs montrent que ces édifices sont en fait très fragiles et que partout en France, ils sont en train de tomber en ruine faute d’entretien et par l’action des intempéries et de la végétation. » C.E.R.A.V. Tome XV 1991.


Les Cabanes en Sarladais

A l’inverse des grangettes, les cabanes ne possèdent pas de charpente et couverture. Elles se caractérisent par la présence d’une voûte à encorbellement ou clavée. L’encorbellement étant le principe le plus répandu sur le canton de Domme – 24250 – Dordogne. Chaque rangée de pierres est posée en saillie de la rangée sous-jacente. Pour les voûtes circulaires, les rangées forment des anneaux qui, de plus en plus petits, finissent par fermer la voûte. Il existe également les carènes qui sont des constructions à deux pans symétriquement opposés sans se contre-buter et surmontés d’une rangée de dalles calcaires. Si l’intérieur des voûtes est souvent régulier, l’extérieur laisse apparaître les queues des pierres de façon très irrégulière, hérissonnées. Si des constructions sont détoiturées, d’autres sont inachevées.
Que ce soit pour les murs ou les voûtes l’essentiel est:
  1. De toujours croiser correctement les pierres verticalement et horizontalement en insérant des passantes.
  2. D’effectuer des calages suffisants.
  3. De réduire au minimum les espaces vides pour limiter les effets de tassement.
Le canton de Domme bénéficie d’une densité élevée de ces témoins architecturaux, (cabanes, guérites, tas d’épierrement, murailles et murets) liés à l’ancien parcellaire et limitant les sentiers et cultures d’autrefois. ces vestiges sont issus directement des couches géologiques, calcaires jurassiques.

Cabanes ou Bories

Les cabanes sont désignées à tort sous la dénomination de « bories ». Ce mot fût introduit en Périgord dans les années 1970. Le terme cabane est issu d’une mémoire authentique. Le mot bori ou bori »e » (origine bœuf) signifie, en Périgord, la petite propriété, généralement une ancienne ferme à louer ce qui est sans rapport avec les cabanes à pierre sèche.

Extrait de : QUERCY RECHERCHE N°19 Année 1977 page 22
TERMINOLOGIE DES CONSTRUCTIONS EN PIERRE SÈCHE DU LOT

Christian LASSURE

« Les appellations des cabanes en pierres sèches du Lot constituent un domaine où, jusqu’à ces dernières années, a régné un certain laxisme, quand il ne s’agissait pas de confusion pure et simple, surtout de la part d’auteurs étrangers au Quercy. Cet état de choses ne faisait d’ailleurs que reproduire des situations similaires survenues dans d’autres régions (Périgord et Vaucluse en particulier) où l’on ne s’était pas assez soucié de clarification terminologique. Dans le Quercy, le chercheur dispose de trois désignations : « casèla » (prononcer casèlo), « cabana » (cabano) et « gariota » (garioto) en occitan central (ou languedocien), ou casèle, cabane et gariote sous leur forme française. A défaut d’une enquête systématique qui, commune par commune, s’attacherait à déterminer le ou les termes employés par les paysans, on s’efforcera d’utiliser chacun des trois noms disponibles en fonction du secteur géographique où il est attesté et en relation avec la nature de la construction qu’il désigne…
…Dans le Lot, la tendance actuelle est, chez les citadins et chez les vacanciers-propriétaires de résidences secondaires, de recourir à gariote (les graphies « garriote » et « garriotte » sont à éviter) comme terme générique désignant indistinctement toute cabane en maçonnerie sèche, ce qui ne manque pas de susciter l’étonnement des paysans, lesquels, pour leur part, emploient tout naturellement cabana ou casèla (« Los ‘Parisiens’ apelan las casèla ‘gariote’ ; sai pas per que », pour reprendre les termes de l’un deux). La vogue de cette appellation propagée par les cartes postales, les revues locales et les guides touristiques, est sans doute imputable à la préférence manifestée à son égard par le Dr. Cayla dans ses articles et livres qui font autorité en matière d’architecture lotoise du XIXème siècle. Ce nouvel usage est en cas plus acceptable que celui, impropre de « capitelle » dont l’aire géographique est limitée au Gard, à l’Hérault et à l’Ardèche, ou de « buron », qui concerne les massifs volcaniques des Dores, du Césaliers, du Cantal et de l’Aubrac, ou de « tonne » propre à la région de Clermont-Ferrand (Limagne d’Auvergne), ou encore de « borie », employée officiellement bien qu’à contresens, en Périgord et en Provence. Il faut garder présent à l’esprit que le terme occitan « boria » (borio) issu du médiéval « boveria », « boria », étable à boeufs, désignait autrefois non pas une cabane en pierre sèche mais une exploitation rurale cultivée avec une ou des paires de bœufs, « boria » étant l’équivalent, à peu de choses près, de « borda » (bordo), borde, qui s’appliquait autrefois dans maintes régions de l’Occitanie à une petite métairie…
…Pour conclure, s’il n’est plus excusable aujourd’hui de parler de capitelles, de tonnes, de burons, de bories et autres impropriétés ou encore d’écrire gazelle, causello, garriotte, et autres fantaisies, il conviendra de bien distinguer casèle, cabane et gariote, dût-on aller à contre-courant de la tendance actuelle. La confusion terminologique qui règne dans le domaine de l’architecture populaire tant dans le Quercy que dans d’autres provinces, si elle reflète l’occultation généralisée d’une tradition de bâtir foncièrement rurale, populaire et anonyme, témoigne, au delà, d’un phénomène plus vaste, celui de la disparition graduelle de la culture paysanne et de l’acculturation des campagnes par les villes. Dans le cas précis qui est le notre, là ou le paysan voit une simple cabane, construite en une ou deux semaines par ses aïeux, le citadin verra une mystérieuse borie ou gariote de préférence gauloise. Une meilleure connaissance du petit patrimoine architectural légué par les bâtisseurs anonymes des campagnes passera donc d’abord par la redécouverte et le respect de sa terminologie originelle. »

Genres, Fonctions

Les Guérites sont de simples abris souvent inclus dans l’épaisseur des murailles. de forme et de dimension très variables, mais modestes, ces abris protègent le petit matériel et permettent de s’abriter ou de se reposer.
Les Cabanes sont essentiellement liées à la viticulture. Ces abris accueillent les travailleurs. On partage les repas, prend du repos. La cabane est le lien entre l’homme et sa terre. Parfois aménagées, elles possèdent une cheminée, une banquette ou mieux une citerne. Les différents aménagements sont très rares à observer sur une construction. L’exemple de la cabane du « Mazut » sur la commune de Daglan 24250 est à ce titre intéressant puisqu’elle est équipée d’une cheminée, d’une citerne et d’une banquette. Il existe également de nombreuses cabanes qui ont servi de poulailler, ainsi que d’autres qui furent utilisées comme abris par les chasseurs. Les tas d’épierrement cachent parfois d’ancien clapiers ainsi que quelques cabanes qui furent aménagées pour cet usage.

Datation – Origine

Il n’existe aucun moyen réel de datation. La quasi inexistence de ces témoins sur l’ancien cadastre ainsi que sur les actes notariés, contrarie l’ensemble des recherches historiques1. Nous savons que les matériaux proviennent des couches géologiques gélifractées donnant des pierres de qualité médiocre qui se détériorent et se réduisent sur une période d’environ 200 ans. D’autre part la vie économique et sociale des 18e et 19e était particulièrement importante quant à l’ activité viticole notamment au 19e avant l’arrivée du phylloxéra vers 1880. La population élevée de cette époque en témoigne.
Le travail des terres justifie la présence de ces constructions en tant qu’abris temporaires liés à l’agriculture et surtout à la viticulture.

1994 Jean-Marc Caron

1- J’ai réalisé en 2015 une étude, à partir des données du cadastre ancien sur la commune voisine de Bouzic qui me conduit à des conclusions complémentaires et différentes par rapport à l’inexistence de la plupart des ces constructions au début des années 1830.

© Jean-Marc Caron – CERAV
16 mai 2015 / May 16th, 2015

Références à citer / To be referenced as:
Jean-Marc Caron
Observations sur les vestiges lithiques agricoles de Bouzic (Dordogne) d’après le cadastre napoléonien (Observations on the agricultural dry stone-built vestiges of Bouzic, Dordogne, in the light of the Napoleonic land register)
http://www.pierreseche.com/bouzic_vestiges_lithiques.htm
16 mai 2015


Le recensement

  • 1ère phase : commune de Daglan 171 constructions, financée par Mairie de Daglan, CAUE de la Dordogne.

(Intégralité publiée par le CAUE de la Dordogne. 1994).

  • 2ème phase : canton de Domme (14 communes dont Daglan), financée par le Conseil Régional d’Aquitaine.
Le recensement des constructions en pierre sèche du canton de Domme 24250 a permis d’inventorier 399 témoins ; pour chacun d’entre eux a été établi une fiche comprenant un descriptif, un plan, une élévation et une documentation photographique.
La connaissance du patrimoine architectural passe nécessairement par un inventaire complet de témoins ; c’est aussi un moyen de conservation (écrit, graphique, photographique).
Les analyses statistiques permettent d’obtenir des constats objectifs sur la situation dans le paysage et la morphologie de ces constructions.

FICHE SIGNALÉTIQUE

FICHE SIGNALÉTIQUE expliquée à titre d’exemple (dans son contenu) et utilisée pour l’inventaire conduit sur le canton de Domme : 400 Constructions.


Éléments nécessaires à la réalisation d’un inventaire

Exemple: La Combe du Rat

  • Fiche Signalétique de la Cabane de La Combe du Rat
  • Date de la Fiche : Date à laquelle le relevé fût effectué
  • Nom de la Commune : Exemple : Bouzic
  • Fiche Signalétique N° : Département-Arrondissement-Code de la Commune-Zone(si nécessaire)-N° de la Construction.
  • Localisation : Précise l’endroit ou se situe la construction (Lieu-dit) ou nom cadastral.
  • Nature : La construction peut être bâtie avec ou sans liant.
  • Genre : Cabane-Guérite mais aussi Carène, indéterminé
  • Fonction : Détermine l’usage, agricole, viticole, poulailler…..
  • Situation : Altitude et orientation du versant ou plateau, vallée……
  • Morphologie Ext : Description du plan, des moellons, de leur grosseur, des assises, de la régularité de celle-ci, du couvrement, des hiatus…………………..
  • Morphologie Int : Inclus en plus, le DE (départ encorbellement) et HSV (hauteur sous voûte).
  • Entrée : La forme de l’entrée, ses dimensions, le linteau, son orientation.
  • Aménagement(s) : Cheminée, citerne, banquette,………………..
  • Ouverture(s) : Leur nombre
  • Conservation : Bon, Moyen, Mauvais, Ruinée (Convention)
  • Observation : Millésime, mousse sur telle partie, dalle apicale cassée, transmission orale.

La Combe du Rat

  • Date de la Fiche : 15/06/1990
  • Fiche : 24 10 150 A02
  • Commune : Daglan
  • Localisation : La Combe du Rat
  • Nature : Construction à pierre sèche
  • Genre : Cabane
  • Fonction : Construction à usage agricole, viticole.
  • Situation : Altitude 240 mètre sur versant Ouest.
  • Morphologie Ext. : Plan carré approchant; moellons et plaques calcaires petits à moyens, irréguliers, équarris, maçonnerie soignée. Couvrement tronconique dont la première rangée de lauzes déborde de 0.25 m en moyenne de l’aplomb des murs. Le blocage de la voûte est irrégulier « hérisson ». »La cabane est juxtaposée à une muraille côté Ouest et côté Est, un petit tas d’épierrement est aménagé contre elle.
  • Morphologie Int. : Plan carré. moellons idem Ext. Voûte circulaire bâtie sur pendentifs. HSV : 5.50 m- DE : 1.30 m – Surface au sol : 9.30 m².
  • Entrée : Plan rectangulaire, orientée au Sud et surmontée de linteaux en bois.
  • Aménagement(s) : Néant.
  • Ouverture(s) : 1 au Sud-Ouest.
  • Conservation : Bon.
  • Observation : Un échafaudage est présent à 1.70 m de haut et 4 trous ou « boulins » sont observés à 2.00 m de ces poutres dans le même alignement.

ÉTUDE

Canton de Domme

Le canton de DOMME se situe dans l’arrondissement de SARLAT en DORDOGNE.
Il réunit 14 communes sur 22055 hectares dont 10542 en forêt.
La population est de 5911 hab.
Le recensement des cabanes, s’il tente à l’exhaustivité n’en demeure pas moins incomplet.
L’espace temps d’une année dont je disposais pour cette réalisation était limité mais permettait cependant d’effectuer un échantillonnage suffisamment précis pour permettre une analyse fine et détaillée.
Ce travail fût remis au CAUE de la Dordogne et au Conseil Régional d’Aquitaine.

CONSTRUCTIONS A PIERRE SÈCHE DU CANTON DE DOMME

  1. Cadre Géographique.
  2. Canton de Domme – Découpage administratif.
  3. Abréviations utilisées pour les tableaux
  4. Nombre et Genre.
  5. Nature.
  6. Répartition.
  7. Altitude.
  8. Orientation des entrées.
  9. Orientation des versants.
  10. Plans Int. et Ext. Corrélation.
  11. Largeur des entrées et nature des linteaux.
  12. Hauteurs des entrées.
  13. Hauteur sous voûte et départ d’encorbellement.
  14. H.S.V. et moyenne des surfaces.
  15. Surface.
  16. Ouvertures / Aménagements.
  17. Etat de Conservation.
  18. Tableaux commune par commune

I. Cadre Géographique.

Région : Aquitaine
Département : Dordogne
Arrondissement : Sarlat
Canton : Domme

II. Canton de Domme.

14 Communes

CommunesHabitantsHectares
Bouzic1341176
Castelnaud la Chapelle4102087
Cénac St-Julien10021987
Daglan4851996
Domme (Chef-Lieu)10322490
Florimont-Gaumier164905
Grolejac548548
Nabirat277277
St-Aubin de Nabirat125125
St-Cybranet3121033
St-Laurent La Vallée2581507
St-Martial de Nabirat5201493
St-Pompon4622740
Veyrines de Domme2201143


 

III. Abréviations utilisées pour les tableaux.

DésignationGenreOrientationPlanLinteauNatureConservation
CabaneCab
GuériteGue
PlateauPla
ValléeVal
NordN
EstE
SudS
OuestO
Nord-EstNE
Sud-EstSE
Sud-OuestSO
Nord-OuestNO
RectangulaireRec
CirculaireCir
CarréCar
Demi-Circulaire Demi-Cir
OvaleOva
Demi-OvaleDemi-Ova
TriangulaireTri
TrapézoïdalTra
PierreP
BoisB
Pierre-SèchePS
LiantL
BonB
MoyenMy
MauvaisMv
RuinéeR


 

IV. Nombre et Genre.

Le canton de Domme révèle un nombre de constructions des genres cabanes et guérites assez important notamment dans sa partie Sud. Parmi l’ensemble des constructions existantes, 398 témoins font l’objet de la présente étude. Ces témoins se divisent donc en deux genres et totalisent : 60 guérites et 323 cabanes, le reste étant des constructions dont le genre est indéterminés à cause de leur état de conservation ruiné. Les cabanes représentent 84,3% de l’ensemble des témoins identifiés.


 

V. Nature.

Bâtie à secAvec liant
315 (86,3%)50

Les constructions bâties avec liant sont réalisées, suivant les cas, avec de la terre, un mortier bâtard (sable, chaux, ciment) ou un mortier à base de chaux uniquement. La plupart des constructions n’ont pas été enduite sur les murs intérieures des cellules. Toutefois, les témoins qui ont reçu un tel enduit se situe dans un même secteur géographique. Ces enduits sont couverts d’un badigeon de lait de chaux. Nous trouvons sur la commune de Castelnaud la Chapelle plusieurs cabanes dont les moellons sont ainsi enduits.[line]


 

VI. Répartition.

Le canton de Domme est divisé en 14 communes dont les limites administratives constituent le cadre de notre étude. La prospection menée sur le terrain amena la découverte d’une quantité intéressante de témoins sur les communes de Florimont-Gaumier et Bouzic constituant ainsi avec Daglan les communes dont les densités s’avèrent les plus importantes. Vient ensuite la commune de St-Cybranet, puis celle de Castelnaud la Chapelle. Les autres communes sont de densité moyenne à faible, dans l’état actuel des relevés (une prospection soutenue, sur une échéance à long terme, ferait apparaître d’autres constructions). Il s’agissait, pour cette étude, de constituer un catalogue suffisamment riche afin d’affiner notre analyse.


 

VII. Altitude.

Inf.200201 à 250Sup. 250
Total 12319877

 

AltitudeValeur
MIN75 Mètres
MOY220 Mètres
MAX309 Mètres

Les cabanes relevées se situent dans la moitié supérieure du relief, à une altitude dépassant 200 mètres, dont 198sont comprises dans la fourchette de 200 à 250 mètres et 77 au dessus de 250 mètres. Les autres constructions sont inférieures à 200 mètres dont la plupart sont incluses dans les limites de 150 à 200 mètres. Seuls, 23 témoins sont inférieurs à 150 mètres.


 

VIII. Orientation des entrées.

OrientationQuantité
Nord27
Est80
Sud107
Ouest15
Nord-Est29
Sud-Est79
Sud-Ouest32
Nord-Ouest9
Total378

Les entrées sont orientées au Sud dans 28,3% des cas (107), à l’Est dans 21,2% (80), et au Sud-Est dans 20,9% (79). L’orientation Nord-Ouest est la moins représentée.


 

IX. Orientation des versants.

Sur l’ensemble des constructions, 110 (28,4%) sont situées sur des plateaux ou en situation de plateau (terrain plat). et 8 autres ont été relevées dans des vallées. Le reste des témoins est présent sur tous les terrains aux versants orientés à l’Est, à l’Ouest et au Sud avec une dominante de 73 relevés (18,9%). A noter la présence de 33 constructions (8,6%) sur des versants Nord et 25 au Nord-Est.

Correspondance : La correspondance des entrées avec les versants montre que celle-ci est fréquente pour 31 témoins au Sud, 18 à l’Est et 9 au Nord. Les autres correspondances sont inférieures à ce chiffre. Au total 80 constructions possèdent une entrée dans le sens de l’orientation de versant.
Constat : Une dominante Sud, Est, Sud-Est apparaît tant au niveau des versants occupés que dans l’orientation des entrées. Toutefois, des constructions ont été implantées sur des versants aux orientations moins favorables.


 

X. Plans Int. et Ext.

PlansExt.Int.
Rec.107109
Cir.145153
Car.1321
D-Cir.149
Ovale1233
D-Ovale426
Tri.12
Tra.518
Total301371

Nous avons une dominante des plans circulaire intérieurs (153) et extérieurs (145) suivi des plans rectangulaires approchants: intérieurs (109), extérieurs (107). Il faut cependant relativiser ces chiffres car les observations sur les plans intérieurs sont établies sur 70 témoins de plus que sur les plans ectérieurs soit :
– Les plans extérieurs ne peuvent pas être correctement déterminés (dû au mauvais état de l’ensemble).

– Ils se situent dans une muraille ou un tas d’épierrement.

Corrélation

PlansExt. = Int.
Rec.74
Cir.129
Car.12
D-Cir.2
Ovale9
D-Ovale0
Tri.0
Tra.1
Total227

Nous avons une corrélation entre les plans circulaires intérieurs et extérieurs dans 129 cas relevés suivis des plans rectangulaires approchants pour 74 cas. Une concordance existe également pour 12 témoins de plan carré. Sur l’ensemble des résultats, les plans intérieurs et extérieurs ayant les mêmes formes géométriques, représentent 63,7% de la totalités des constructions 227/398.


 

XI. Largeur des entrées et nature des linteaux.

La largeur des entrées la plus importante se situe dans une fourchette comprise entre 0,5m et 1m pour 244 témoins. Les constructions dépassant 1m sont au nombre de 29. 81 témoins possèdent des linteaux en bois pour 231 qui sont équipés de linteaux en pierre. La longueur moyenne des portées des linteaux en bois est supérieure à celle des linteaux en pierre, sauf quelques rares exceptions, la présence des linteaux en bois se justifie pour une portée importante, supérieurs à 0.80m.


 

XII. Hauteur des entrées.

Un grand nombre de constructions (208) possède des entrées dont la hauteur est supérieurs à 1,50m. Dans l’ensemble des cas de figure, il est nécessaire de se courber ou de baisser la tête pour pénétrer dans les constructions.


 

XIII. Hauteur sous voûte et départ d’encorbellement.

H.S.V.QT.D.E.QT.
<=16Sol = 025
>1 et <=2137>0 et <=1116
>2 et <=399>1 et <=2169
>3 et <=439>2 et <=33
>4 et <=517>30
>5 et <=66Total313
>61
Total305

Nous avons une densité importante de constructions dont la hauteur sous voûte est comprise entre 1 et 3 mètres . Les départs d’encorbellement les plus nombreux se situent entre 1 et 2 mètres et les départs inférieurs à 1 mètre sont également nombreux.


 

XIV. H.S.V. et moyenne des surfaces.

A chaque H.S.V. correspond une surface (x)m². Plus la hauteur est importante, plus la moyenne des surfaces correspondantes augmentent. Ceci apparaît dans les cas où toutes les formes géométriques des plans intérieurs et extérieurs sont confondues, ainsi que pour les plans intérieurs circulaires. pour les plans intérieures rectangulaires, l’écart de surface moyenne est plus important que pour les plus circulaires.


 

XV. Surface.

Surfaces Témoins

SrfacesTémoins
<=2135
>2 et <=4108
>4 et <=645
>6 et <=826
>8 et <=1011
>10 et <=126
>127
Total338

La majorité des témoins ont une surface inférieure à 2 m² (135 témoins) et ensuite 108 témoins ont une surface comprise entre 2 et 4 m². Au delà des surface supérieures à 6 m², la quantité des constructions diminue considérablement.


 

XVI. Ouvertures / Aménagements.

OuverturesQtAménagementsQt
02040194
194158
221243
34326
44411
5154
6061
Total328Total337

La majorité des constructions observées ne possèdent ni ouverture, ni aménagement. La quantité de constructions qui ont plus de deux ouvertures ou plus de trois aménagements est assez faible.


 

XVII. État de Conservation.

ConservationQuantité
Bon167
Moyen68
Mauvais77
Ruiné73
Total385

De toutes les données de cette étude, celle-ci ne fait pas appel à l’objectivité de résultats numériques mesurables. J’ai donc repris les mêmes critères que j’avais établis pour Daglan.

-Bon : Aucun élément de détérioration grave est visible.

-Moyen : Une ou plusieurs détérioration apparaissent (fractures sur linteaux, voûte, murs etc…)

Mauvais : Une ou plusieurs parties sont détériorées.

Ruinée : Absence de voûte, souvent il ne reste que la base des murs.


IX. Exemple.

Données extraites du tableau de Bouzic pour 1 construction N° 241006332

Fiche SignalétiqueID CommuneCommuneZoneAltitudeGenreNombre de Cellule(s)Orientation Versant Orientation EntréePlan ExtérieurPlan IntérieurHauteur sous Voûte
24100633263BouzicA32250Cab1PlaSudCirCir6,2

Départ Encorbellement Ouverture(s)Entrée LargeurEntrée HauteurLinteauNature SurfaceConservationAménagement
2,0520,81,66PierreLiant11,46Bon3
[/fusion_text]


Graphiques des tableaux, ci-dessus, de l’étude du canton de Domme


Les Bâtisseurs à Pierre Sèche

 

Extraits : d’après – Christian Lassure -La Tradition des bâtisseurs à pierre sèche – A.V. 1981 N°1

LES ACTEURS DE LA CONSTRUCTION

  • Le constructeur peut-être le seul utilisateur ; il s’agit alors d’ [highlight color= »red »]auto-construction[/highlight] proprement dite.
  • Le constructeur peut-être distinct de l’utilisateur ; on a alors affaire à un [highlight color= »yellow »]professionnel[/highlight], un maçon.
  • L’[highlight color= »blue »]utilisateur[/highlight] participe à la construction aux côtés du professionnel, solution qui, en fait ramène à la précédente.

L’ auto-construction

Mode éminemment économique qui, s’imposait pour des constructions à usage temporaire ou saisonnier. L’investissement est aussi réduit que possible. Ce mode est une pratique courante dans les couches modestes de la paysannerie, du cultivateur à l’éleveur, en passant par le manouvrier, mais aussi chez divers représentants du monde rural, du braconnier au châtelain, en passant par le cantonnier.

Les professionnels

Cas où le constructeur est distinct de l’utilisateur. En comparaison à des constructions frustres, rudimentaires, on remarque des bâtiments d’une architecture élaborée, d’une exécution soignée, d’une belle plasticité, toutes choses qui attestent, chez leurs auteurs, un sûr métier de bâtisseur.

Exploitant-utilisateur conjoint avec le maçon-bâtisseur

Dans la construction de petits bâtiments en maçonnerie sèche, un troisième cas se présente, celui où l’exploitant-utilisateur participe à la construction au côté du maçon-bâtisseur. Du fait de l’intervention déterminante du professionnel, ce cas se ramène en définitive au cas précédent.

Pour obtenir des renseignements très complets sur « La tradition des bâtisseurs à pierre sèche », consulter A.V. N°1 année 1981.

Christian Lassure,
Les faiseurs de cabanes (Makers of dry stone huts)
http://www.pierreseche.com/les_faiseurs_de_cabanes.htm
15 avril 2002


Herpétologie et Pierre Sèche

SAUVEGARDE DE L’ INTÉRÊT HERPÉTOLOGIQUE ET ESTHÉTIQUE DES FONTAINES, ABREUVOIRS ET LAVOIRS ANCIENS EN PIERRE.

Il existe, en dehors des constructions à pierre sèche tels que les cabanes, tas, murailles des ouvrages dont la présence est également primordiale pour les écosystèmes. De plus, la présence de la pierre sèche, est l’élément majeur de ces témoins, tant sur la plan biologique, que sur la pérennité du milieu. Cette présentation concerne des petits ouvrages hydrauliques, souvent très modestes, tels que nous pouvions les rencontrer dans nos villages. Souvent dans des lieux-dits constitués de quelques habitations existait une mare par propriété, parfois même plusieurs: une à proximité de la grange, une autre plus isolée, éloignée de la propriété. Outre les besoins vitaux que représentaient ces points d’eau pour la ferme, ces mares renfermaient une vie extraordinaire. Des espèces d’amphibiens s’y reproduisaient, y grandissaient. Très souvent, à la bonne saison, nous pouvions observer un « petit » serpent à la surface de l’eau. Ces mares étaient des lieux privilégiés pour de jeunes couleuvres à collier (Natrix Natrix), totalement inoffensives, qui ne venaient là qu’en quête de nourriture dont les têtards, pour ces jeunes, sont des mets indispensables. Ces lieux, j’en parle à l’imparfait, étant donné que j’ai vu disparaître au fil de ces dernières décennies de nombreux témoins de ce « genre ».
Il me semble donc primordial d’inclure dans le cadre de cette brève présentation, un extrait de l’article de *Mr Hugues Pinston, publié dans le bulletin N°56, 4éme trimestre 1990, page 63 à 69 de la Société Herpétologique de France.
[line]
« Dans la plupart des campagnes de France existent encore des ouvrages anciens (fontaines, abreuvoirs, lavoirs …) où la pierre est agencée pour capter et retenir l’eau. En général privés de leur fonction originelle, ils sont aujourd’hui oubliés et souvent dégradés faute d’entretien. Or beaucoup abritent de nombreux amphibiens, notamment lors de la reproduction. Là se trouve la justification essentielle de leur sauvegarde qui vise donc à faire prendre conscience de l’urgence de ce problème. Des exemples pris en Bourgogne et Franche-Comté illustrent cette situation et permettent de proposer des idées de gestion.
Une prospection soutenue des milieux favorables aux Amphibiens et aux Reptiles menée depuis une quinzaine d’années a notamment permis de découvrir dans la campagne, de nombreux petits ouvrages hydrauliques anciens.
Il s’agit en particulier de fontaines, abreuvoirs et lavoirs en pierre, qui se sont révélés souvent d’un grand intérêt quant au nombre des espèces d’Amphibiens (parfois de Reptiles) que l’on peut y rencontrer. Or, ces milieux qui dépendaient largement des activités rurales traditionnelles disparaissent peu à peu, et semble-t-il, dans l’indifférence quasi-générale.
Ces ouvrages méritent-ils vraiment d’être conservés et pour quelles raisons ?
Les types d’ouvrages encore existants peuvent être divisés en deux catégories par leur localisation, laquelle conditionne en partie leur aspect.
Dans le premier cas, il s’agit d’édifices situés au centre des villages ou à proximité, ou encore le long d’une voie importante, et qui sont alors marqués par une certaine recherche architecturale. En effet, dans ce cas, ils sont un élément du prestige de la commune et il fut fait appel à de véritables architectes pour leur conception, notamment au XIXème siècle. Ce sont ces constructions qui ont fait l’objet de restaurations et de la plupart des études un peu partout en France depuis quelques années. Cependant leur intérêt strictement herpétologique est en général faible.
En effet, de leur situation centrale découle une fréquentation importante des abords, ainsi qu’un entretien soutenu (parfois transformation regrettable en bac à fleurs, heureusement combattue aujourd’hui, ou nettoyage drastique des bassins). En outre, les bassins sont le plus souvent surélevés et inaccessibles aux Amphibiens. Enfin, la présence classique d’une toiture empêche largement la lumière et la chaleur de pénétrer, d’où l’absence de flore et de faune.
Dans le second cas, il s’agit d’édifices soit complètement dispersés dans la campagne, soit encore situés à proximité de fermes ou hameaux isolés, type d’habitat fréquent dans certaines régions. Là encore, leur localisation influe sur leur structure, marquée en général par la modestie extérieure. En effet, s’il s’agit d’ouvrages communaux en pays d’habitat très dispersé, la commune a rarement pu ou voulu faire des efforts financiers suffisants auprès des architectes. Bien souvent, il s’agit d’authentiques constructions paysannes, reflets des traditions locales. Leur structure est simple mais il en résulte en général un grand intérêt esthétique.
Nous développerons d’autres aspects de leur valeur herpétologique après avoir présenté les grandes catégories d’édifices.
– Source captée : bassin creusé dans le sol, surmonté de quatre murs de pierre avec toiture et porte.
– Fontaine : bassin en pierre avec écoulement, pour eau potable ou pour le jardin, parfois en partie couvert, surélevé, parfois adossé à un talus, ou creusé dans le sol (« creux » en Bourgogne).
– Mare-abreuvoir : bassin en pierre sur trois côtés, le quatrième pour l’accès direct du bétail, souvent avec fond pavé « en hérisson » en pente douce (Vallée, 1960), eau stagnante ou non, (« bachasse » dans le Sud de la Saône-et-Loire).
– Pédiluve : analogue à une mare-abreuvoir, il s’en distingue souvent par le fond en berceau. Outre la fonction d’abreuvoir, ce rare ouvrage servait à baigner les chevaux. Un exemplaire est décrit par Pearson (1989), un autre est connu en Saône-et-Loire et un dans le Haut-Doubs.
– Puits : trou profond de diamètre réduit (environ 1,50m), aux parois en pierre, équipé sur ses bords d’une margelle en pierre.
– Citerne : bassin en pierre, couvert (d’une voûte dans le Haut-Doubs et le Haut-Jura), pour eau potable et/ou le bétail ou encore lors d’incendie.
– Réservoir : bassin en pierre, non couvert, pour eau potable, incendie.
– Lavoir : bassin en pierre avec écoulement, dallé, dont les pierres de bordure sont en pente douce vers l’eau.
– Rouissoir : bassin creusé dans la terre avec murets de soutènement en pierre sèche utilisé pour le rouissage du chanvre en eau dormante (Pearson, 1989).
En conclusion, à cette liste imparfaite, ajoutons que des types plus complexes existent : intermédiaires de structure et fonction entre différents édifices évoqués plus haut, ou bien qui juxtaposent plusieurs constructions avec un système de trop-plein entre elles.
Outre les raisons, notamment de localisation, évoquées plus haut, il convient d’expliquer sur quoi se fonde cet apparent paradoxe de milieux plus ou moins artificialisés si favorables aux Amphibiens en particulier.
Un certain nombre de traits communs peuvent être dégagés. Tout d’abord leur petite surface qui va de moins d’un mètre carré à une quinzaine de mètres carrés et le faible débit des sources ou ruissellements qui les alimentent, amenant des périodes d’assèchement presque chaque année, les ont mis, à l’origine, à l’abri du développement de populations de poissons. De plus, dans le cas des lavoirs, l’entretien régulier par vidange excluait en général la présence de ces animaux. En revanche, la présence de tanches est fréquente pour les mares-abreuvoirs, sans conséquence trop négative pour les Amphibiens. Malheureusement, l’observation plus récente de perches-soleil ou de poissons-chats est plus inquiétante.
Un deuxième intérêt réside dans la présence classique d’un écoulement de l’eau même très lent qui permet une bonne oxygénation du milieu, élément favorable au développement des larves de tritons Triturus sp. et surtout de Salamandre tachetée Salamandra salamandra . Dans le cas de cette espèce, un élément positif vient souvent s’ajouter: l’exposition classique des lavoirs à l’abri de la chaleur.
En fait, l’élément majeur, aussi bien sur le plan biologique que sur le plan de la pérennité du milieu, est constitué par la présence presque systématique d’une structure en pierre sèche comme mur de soutènement du bassin lui-même et/ou du talus contre lequel s’adosse l’ouvrage. S’il s’agit d’un mur contre le talus, cela permet aux adultes de plusieurs espèces de s’abriter dans ses anfractuosités. Une espèce comme l’Alyte accoucheur Alytes obstetricans apprécie particulièrement cette situation. Chez les reptiles, le Lézard des murailles Podarcis muralis et la Couleuvre à collier Natrix natrix profitent aussi de ce type de milieu. En outre, ces abris si proches du lieu de reproduction donnent aux populations une certaine stabilité, puisqu’ils permettent d’éviter, dans le cas des tritons par exemple, des migrations massives.
S’il s’agit des murs de soutènement du bassin, larves et adultes trouvent là des abris ou postes de chasse immergés ou émergés en fonction du niveau de l’eau. Enfin, la proximité de la pierre et de l’eau permet aux Amphibiens de se placer pour capter au mieux l’énergie solaire.
Sur le plan de la pérennité du milieu, la présence de murs de soutènement évite bien sûr pendant des décennies l’effondrement des berges, phénomène classique des milieux moins anthropisés tels que les mares à vaches ou les petits étangs.
Enfin, un élément rencontré en particulier pour les mares-abreuvoirs et qui représente un atout important en faveur des Amphibiens est la profondeur variable du milieu permise en permanence par le fond pavé en pente douce (jusqu’à un maximum d’environ 2 mètres). Ainsi, avec une variation progressive de la flore et des Invertébrés se combine une diversité dans l’utilisation de l’espace par les différents stades de larves d’Amphibiens et par différentes espèces en fonction de leurs exigences propres. C’est en général ce type de point d’eau qui permet de rencontrer le plus d’espèces sur un espace aussi réduit en surface. Ainsi, une station en Bourgogne abrite : le Triton alpestre Tritures alpestris, le Triton palmé Triturus helvéticus, le Triton crêté Triturus cristatus, le Sonneur à ventre jaune Bombina variegata, la Grenouille verte Rana kl. esculenta, la Grenouille agile Rana dalmatina. Notons que ce type de site, riche d’au moins 6 espèces aux exigences variées, n’est pas du tout un cas isolé, mais simplement un exemple.
Indépendamment de leur structure, il faut noter que dans certaines zones de plateaux karstiques où l’eau de surface est rare, notamment en Bourgogne ou en Franche-Comté, les habitants ont souvent mis un soin particulier pour aménager les points d’eau. Dans ce cas, il arrive que ces milieux modifiés soient les seuls sites, à des kilomètres à la ronde, disponibles pour la reproduction des Amphibiens.
Toutes ces petites constructions, telles que fontaines, abreuvoirs, lavoirs, dépendaient d’activités rurales aujourd’hui très réduites sinon disparues. La plupart du temps, il s’agissait de propriétés communales et leur entretien était souvent assuré par le garde-champêtre (Pearson, 1989). L’évolution radicale de l’agriculture et la désertification des campagnes ont eu aussi des conséquences sur ces ouvrages, souvent condamnés à l’abandon et à l’oubli. Cependant, leur statut communal a eu en général au moins l’avantage d’empêcher leur destruction pure et simple. Mais cette situation est pleine d’incertitude, car lors de travaux d’aménagements divers, tels que remembrements, travaux routiers, nouveaux réseaux d’adduction d’eau (prévoyant parfois une clause d’abandon de l’entretien de l’ancien réseau…), personne ne pense plus à les signaler aux entreprises. En outre, leur abandon est parfois si ancien que beaucoup d’habitants en ignorent l’existence. Pourquoi se soucier de ces trous d’eau devenus « inutiles et nauséabonds » ?
Reconnaissons que le faible nombre actuel d’agriculteurs ne leur permet de s’occuper que de ce qui est strictement nécessaire à leurs activités. D’autre part, citons le cas précis d’une commune où une très belle mare ancienne située au centre du village fut détruite car le chant des Rainettes, le soir, importunait certains habitants.
Disons aussi que parmi leurs nombreuses préoccupations, les administrations (Délégations Régionales à l’Architecture et à l’Environnement, Directions Régionales de l’Agriculture et de la Forêt, Directions Régionales des Affaires Culturelles …), les bureaux d’études chargés des études d’impact, les associations de protection de la nature, les chercheurs, ont peu conscience de l’intérêt de ces sites que souvent ils ne connaissent pas.
Mais cela est en partie lié au fait que ces ouvrages sont souvent isolés dans les campagnes et que leur intérêt se trouve à la jonction de deux préoccupations très honorables, sauvegarde du patrimoine rural et protection de la nature, mais dont les défenseurs sont en général de formation différente et se rencontrent rarement. Cette situation bipolaire ne doit pas être source de conflit mais peut au contraire devenir un atout pour la sauvegarde de ces édifices si les différents spécialistes joignent leurs compétences.
Ainsi, la restauration doit respecter un équilibre entre l’intérêt herpétologique et l’intérêt esthétique. Certes, quelques espèces souvent déjà présentes quand l’ouvrage était utilisé, ont sans doute pu profiter dans un premier temps de l’abandon de toute activité humaine, mais ce stade est bien vite dépassé lors de l’envasement du milieu joint au développement excessif de la végétation.
Il est bien évident que le premier travail, soit le débroussaillage, doit se faire avec les outils manuels traditionnels du jardinier et sans herbicide de synthèse bien sûr. Les arbustes qui tiennent les talus doivent être taillés, non arrachés. Puis pour le curage et la reconstruction des murs de pierre, une pelle mécanique sera utile pour certains chantiers importants. Mais dans la plupart des cas, des outils manuels suffiront. Concernant la maçonnerie de pierre sèche, il convient d’éviter de « faire du neuf avec du vieux » : sablage excessif des pierres et surtout jointoiement systématique au ciment artificiel, ce dernier point étant préjudiciable aussi bien à la durée de l’ouvrage qu’aux plantes rupestres et aux abris de la faune. De plus, le cadre champêtre de ces constructions s’accommoderait mal de travaux voyants et peu respectueux de l’esprit de simplicité de l’ouvrage.
La condition majeure du succès de ce type de travail quant aux Amphibiens est d’éviter absolument un curage total du bassin. En effet, en été (durant les périodes d’assèchement) et en hiver, beaucoup de larves et (ou) d’adultes d’Amphibiens (et d’Insectes) trouvent refuge dans la vase. En fait, laisser une couche de vase ne nuit pas à l’esthétique du lieu, mais l’expérience montre que c’est souvent difficile à faire admettre aux propriétaires, pris soudain d’une sorte de frénésie de nettoyage après des années d’inertie.
Reste le problème de la période des travaux. Il ne semble pas y avoir de saison idéale. Il faudra absolument éviter la phase printanière de reproduction. Le débroussaillage peut se faire le reste de l’année, notamment en hiver, mais pour le curage seule la fin de l’été paraît le moins mauvais moment.
Ces quelques précautions assurent alors une prise en compte harmonieuse de la protection de la nature et du patrimoine rural.
Qui peut se sentir concerné par ces ouvrages ? Il s’agira souvent d’une association de protection de la nature. Sa démarche concrète sera basée sur la localisation préalable de ce type d’ouvrage. Nous avons beaucoup travaillé à partir des cartes 1/25000 de l’Institut Géographique National. Or, il nous faut malheureusement constater que les plus récentes éditions sont souvent appauvries au niveau de la légende, notamment pour le sujet qui nous intéresse. Une enquête auprès des habitants d’un village donne aussi des résultats.
Puis il convient d’identifier le propriétaire. Il s’agit le plus souvent d’une commune et passées quelques réticences, l’accueil est souvent bon. L’aide concrète est parfois proposée, qu’elle soit en main d’œuvre ou financière. Nous pensons que la participation effective d’habitants du lieu est la meilleure garantie de la surveillance ultérieure de l’édifice.
D’autre part, l’intérêt esthétique et patrimonial peut permettre parfois de drainer des aides matérielles ou en crédits de la part de personnes ou administrations non directement impliquées dans la protection de la nature. Soyons conscients que tout le monde ne comprend pas forcément l’intérêt de « ces sales bestioles », grenouilles et autres crapauds, fussent-elles protégées, concept encore totalement absent de la vie quotidienne de la majorité de nos contemporains.
Une fois la phase opératoire réalisée, tout n’est pas fini. En fait, la difficulté essentielle est à ce stade, c’est-à-dire prévoir une forme de gestion, dont la teneur doit être adaptée à chaque cas. Elle doit envisager l’aspect juridique (procédures diverses de classement au moins au niveau communal) et l’entretien courant. Les personnes ayant mené ce type d’action doivent penser à informer au maximum autour d’eux, car il est illusoire de compter sur les efforts de quelques face à l’ampleur du défi. La communication est souvent pour le protecteur l’écueil majeur de ses activités.
C’est une dynamique qui doit être lancée auprès de tous les intervenants sur l’environnement pour espérer sauver au moins une partie de ces ouvrages. « 
Références bibliographiques
GRISEL, D. (1986) – Les fontaines-lavoirs de Franche-Comté. Lanterne éd.95 p.
PEARSON, I. (1989) – Travail d’étude et de recherches sur le thème de la lessive dans deux communes de Bourgogne. Direction Régionale des Affaires Culturelles, Dijon 356 p.
VALLLEE, L. (1960) – Recherches sur Triturus blasii de l’Isle, hybride naturel de Tr. cristatus x Tr. marmoratus Latr. Mém. Soc. Zool. Fr.. 31 : 196.
H.PINSTON – Laboratoire de Biologie et Ecologie animales,
25030 BESANCON Cedex (FRANCE)