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Étude architecturale 2017-03-24T11:29:22+00:00

La cabane triple de La Combe Du Rat

Étude Architecturale (Analyse architecturale poussée), publication tome XV-l’Architecture Vernaculaire (1991) par Jean-Marc Caron et Pascal Fournigault.

Situation-Parcellaire

La cabane triple de la Combe du Rat se trouve sur la parcelle N° 277, section AV. du cadastre actuel (1956), mais elle n’est pas cadastrée. Par contre, la cabane voisine (A 02) est cadastrée et porte le N° 278 : ses grands dimensions, son bon état de conservation et sa situation en bordure du chemin, expliquent peut-être son inscription, comme c’est le cas pour quelques grandes cabanes de la commune de Daglan. Ceci ne démontre pas que la cabane N° 278 soit plus récente que la cabane triple qui, elle, se situe au milieu de la parcelle dans un taillis très serré d’épineux, de genévriers et de chênes.

Le cadastre ancien (1830) ne comporte aucune cabane. Le morcellement est bien sûr important, ainsi l’actuelle parcelle N° 277 est composée de trois parcelles (N° 1136, N° 1133, N° 1129 de la section E2). La notation de la nature des terrain montre l’importance des vignes, aujourd’hui toutes disparues.

Le plan de situation où nous avons reporté la cabane triple, montre que celle-ci est adossée à un mur d’épierrement édifié sur l’ancienne limite des parcelles N° 1136 et N° 1133 : ce recoupement est également vérifiable pour la plupart des murs morcelant le coteau.

Morphologie

Nous avions noté dans la fiche signalétique de notre recensement une absence de continuité dans l’appareillage des murs des trois cellules, d’ou l’observation sur leur édification successive.

Un relevé supplémentaire permet de préciser celle-ci : trois hiatus (murs se contrebutant sans ancrage) existent dans cette construction, rendant les trois cellules indépendantes dans leur structure. Ces ruptures sont bien visibles extérieurement et intérieurement, et ce dès la base des murs. Il est bien clair qu’il y a ici trois étapes dans la construction de l’ensemble mais l’ordre dans lequel elles se sont effectuées reste à démontrer.

Seule l’entrée actuelle (cellule A) possède un linteau de bois et conserve les traces correspondant à un battant de porte. Le passage de B à C possède une large dalle en linteau mais celle-ci ne couvre pas la totalité de la largeur des murs porteurs; à moins de modification ultérieures, cette ouverture ne semble pas être une ancienne porte extérieure, tout comme le passage de A à B, étroit, bas et légèrement encorbellé, donc sans linteau. L’observation des premières assises des encorbellements montre que la cellule C n’a pu être bâtie sans l’appui sur le mur d’épierrement sans y être incluse.

Il est possible de déduire de ces différentes observations les conclusions suivantes. Les trois cellules ont été bâties successivement dans deux ordres possibles, soit A puis B puis C, soit B, puis A, puis C. Néanmoins, plusieurs arguments tendent à prouver qu’il s’agit de la première solution : la porte d’entrée de A? le couloir de liaison se justifient vers le mur et non vers l’intérieur de la parcelle ainsi que la dénivellation intérieure entre A et B. Les passages de l’une à l’autre montrent bien qu’elles ont été prévues toutes les trois dès le début de la construction, mais les murs porteurs ainsi que les voûtes ont été édifiés l’un après l’autre.

Archives

La parcelle sur laquelle se trouve la construction appartient depuis 1974 à M. Jacques Pasquet, demeurant à Mas de Cause à Daglan.

Notre recherche dans la documentation ancienne a dû se limiter à la matrice du cadastre ancien; aucune recherche sur des actes notariés n’a pu être menée car le seul document de ce type est aussi le plus récent (1974) et ne fait référence à aucun acte préalable, si ce n’est à une date : 1956 (« Immeuble cédé par la commune de Daglan. Appartient à la commune depuis un temps immémorial, et en tout cas depuis le 1er janvier 1956 »).

Le schéma suivant, avec toutes ses interrogations, est le seul que nous puissions proposer. Jusqu’en 1899, la parcelle 1133, sur laquelle est implantée la cabane triple, appartient à Mme veuve Pierre Franc (née Lapeyre). Depuis quand?, nous l’ignorons (aucune date d’entrée dans la matrice). En 1899, cette parcelle devient la propriété de M. Pierre Despont, gendre Malaury, ceci jusqu’en 1943 ( cette parcelle n’étant pas encore rayé à cette date). Nous savons que la commune a acquis cette parcelle avant 1956, mais nous n’avons retrouvé aucune trace de ceci dans les biens communaux des années 1950, ni avant, ni après. A quelle date M. Despont a-t-il vendu? Y a-t-il eu un ou plusieurs autres propriétaires entre M. Despont et la commune? Question à ce jour sans réponse. Enfin, en 1974, la commune et M. Jacques Pasquet effectuent un échange. M. Pasquet devient le 4 avril 1974 le nouveau et dernier propriétaire de cette parcelle. En fait, rien ne nous permet de dire qui a construit, ni quand, cette cabane, ce qui est bien dommage.

Statuts

A la suite d’une étroite collaboration avec nous, la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine a présenté en COREPHAE, le 26 novembre 1991, un ensemble de 14 constructions en pierre sèche, dont celle de la Combe du Rat. Comme toutes les autres, cette cabanes est désormais inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques par décret du 27 décembre 1991.

COMMISSION RÉGIONAL DU PATRIMOINE HISTORIQUE, ARCHÉOLOGIQUE ET ETHNOGRAPHIQUE D’AQUITAINE.

SÉANCE DU 26 NOVEMBRE 1991

PROCÈS VERBAL

EXTRAIT :
THÉMATIQUE : ARCHITECTURE RURALE
DORDOGNE – Cabanes en pierre sèche

Présentation générale

Rapporteur Pierre Moreau, documentaliste

Les cabanes en pierre sèche constituent l’une des composantes caractéristiques du paysage périgourdin. Il existe des études éparses mais ponctuelles sur ces constructions. Le choix des cabanes proposées ici à la protection au titre des monuments historiques a été établi à partir de ces études et d’une certaine connaissance du terrain, en tenant compte de l’exemplarité et de l’originalité de certaines de ces réalisations; mais à cause de leur nombre et de l’étendue de leur répartition, ce choix ne peut pas prétendre à une représentativité significative.

Ces cabanes (et non pas « bories ») sont toujours implantées dans d’anciennes régions viticoles, sur un substrat géologiques calcaire. Leur mise en oeuvre, spectaculaire ou pittoresque, a l’aide du seul matériau tiré du sol à l’état brut, souvent dans des lieux très isolés, a suscité des interprétations et des datations tout à fait excentriques.

En l’absence d’une étude archéologique scientifique de synthèse, une réflexion simple à partir de leur construction, de leur implantation et de leur fonction probable laissent penser que ces cabanes ont été bâties pour leur majorité au siècle dernier, et ne peuvent être antérieures au XVIIème siècle.

La plupart ne sont plus utilisées et restent sans entretien. Elles disparaissent rapidement par le gel saisonnier qui délite la lauze et la végétation.

Les cabanes retenus se trouvent situées pour l’essentiel dans la partie Sud-Est du département, (jusqu’à la commune de Badefols sur Dordogne qui a fait l’objet d’un recensement exhaustif avec un repérage et numérotage systématique).

Au terme de la présentation, le président souligne l’intérêt du travail effectué par le service de recensement.

M. l’architecte en chef, ajoute que les quatorze dossiers présentés donnent une intéressante avue d’ensemble permettant de dégager une typologie comprenant des cabanes à plan rectangulaire comme celle du Bourg, à plan carré comme celle de Pechménie, toutes les deux sur la commune des Eyzies et enfin de plan circulaire comme la cabane n° 30 au lieu-dit « Villeneulve » sur la commune de Badefols sur Dordogne.

M. FONQUERNIE évoque les cabanes identiques du Lot et du Nord de l’Aveyron.

M. DESGREZ précise que dans le Lot la pente du toit de ces cabanes donne une idée de leur ancienneté, les couvertures les plus basses étant les plus anciennes.

M. FONQUERNIE précise que les cabanes en pain de sucre sont des édifices à la toiture inachevée.

M. GARMY juge ces vestiges très menacés.

M. BILLA estime qu’en l’état incertain de la recherche sur ce type d’architecture vernaculaire, il conviendrait de protéger la totalité des cabanes présentées et de classer les exemples retenus par M.FONQUERIE.

M. GOUYON souligne la qualité de choix de l’échantillonnage.

M.MOREAU précise qu’un recensement systématique avait été fait à Daglan à l’initiative de la commune et qu’il s’est appuyé sur des études faites par le centre permanent d’initiation à l’environnement.

Le président fait procéder au vote.

Sont proposés à l’unanimité pour l’inscription parmi les monuments historiques, en totalité, les édifices suivants :

– BADEFOLS SUR DORDOGNE – Cabanes n° 24 et 25

– BADEFOLS SUR DORDOGNE – Cabane n° 27 au lieu-dit « Villeneuve »

– BADEFOLS SUR DORDOGNE – Cabane n° 30 au lieu-dit « Villeneuve » avec son enclos et son escalier attenants

– BADEFOLS SUR DORDOGNE – Cabane n° 34 au lieu-dit « La Fontaine de Viralet »

– CARSAC – Cabane de Peyromolle

– DAGLAN – Cabane du Mazut avec son enclos

– DAGLAN – Cabane de « la Combe du Rat »

– LES EYZIES DE TAYAC-SIREUIL – Cabane du Bourg avec les terrasses et les murs de soutènement

-LES EYZIES DE TAYAC-SIREUIL – Cabane de Pechmemie

-SAINT-VINCENT LE PALUEL – Cabale de Malevergne

– VALOJOULX – Cabane au lieu-dit « Les Cabanes »

– VITRAC – Cabane de Mazères

– VITRAC – Cabane de Pech Lauzier

Pour SAINT-ANDRE D’ALLAS (dont le maire assiste à la présentation du dossier et se dit favorable au classement), M. FONQUERNIE fait remarquer l’intérêt de l’ensemble formé par les cabanes du Breuilh et les bâtiments attenants.

La commission propose donc le classement parmi les monuments historiques des cabanes du Breuilh et l’inscription sur l’inventaire supplémentaire des autres bâtiments.

Arrété Préfectoral signé le 27/12/1991 par Le préfet de Région, Pierre Chassignaux, publié dans l’Architecture Vernaculaire Tome XV 1991, page 35.